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J’adore quand les experts qui n’ont rien vu arriver, nous expliquent ensuite ce qui se passe

Fukushima Daiichi … sortie du rapport d’analyse d’experts du parlement japonais ..

Classé dans : Fukushia Daiichi — 11 juillet, 2012 @ 10:59

Deux groupes d’experts travaillant sur l’analyse des accidents nucléaires de Fukushima Daiichi rendent leurs conclusions en ce mois de Juillet.

Le premier « panel » d’experts à le faire est celui du parlement japonais. Le rapport du groupe d’experts mis sur pied par le gouvernement japonais, alors sous l’autorité de Naoto Kan, doit également sortir incessamment.

La conclusion générale de ce premier rapport complet d’experts « indépendants » est très sévère mais juste. Sa formule laconique et directe, « man made disaster » a été largement reprise dans les médias.

Les accidents nucléaires de Fukushima Daiichi résultent donc d’une longue chaine d’erreurs humaines où les responsabilités de tous les acteurs, – gouvernement japonais, organismes de sûreté japonais, Tepco-, sont mises en cause.

Ce rapport est basé sur l’analyse de données et sur les auditions des acteurs principaux ayant joué un rôle lors du déroulement des accidents nucléaires, – premier ministre Naoto Kan, secrétaire du gouvernement de l’époque Yukio Edano, .. Masao Yoshida le superintendant du site de Fukushima Daiichi qui a eu la responsabilité majeure de toutes les actions menées sur place pour contenir les accidents sur les installations nucléaires (6 unités), la président de la Tepco de l’époque, des responsables de la sûreté nucléaire .. -.

Les erreurs humaines mises en cause touchent absolument toutes les phases relatives à la sûreté et aux actions mises en œuvre lors des séquences accidentelles.

Avant les catastrophes naturelles du 11 mars 2011, les défaillances des autorités de sûreté japonaise et du gouvernement ont répondu au laxisme de la Tepco.

Cette compagnie privée qui gérait le site de Fukushima Daiichi depuis de longues années était parfaitement consciente de la possibilité que des vagues d’un tsunami submergent le site nucléaire. De plus elle savait que les diésels de secours étaient dans des zones inondables. Elle avait mollement averti les services du gouvernement du risque lié à un fort tsunami.

Du côté des services du gouvernement japonais et des organismes de sûreté particulièrement, il y a eu une incapacité totale à anticiper une telle situation et à intégrer les avertissements de scientifiques.  Il est aussi incroyable de constater que dans un pays comme le Japon confronté à des risques sismiques multiples et de niveaux très élevés, régnait une situation générale de sous estimation des degrés que pourrait atteindre des séismes engendrés dans une zone de frontière de plaques tectoniques aussi bien que dans un endroit de rencontre de plusieurs failles sismiques. Le classement des failles entre actives et inactives n’étaient pas non plus sérieux comme l’a montré la grande révision sur les menaces de séismes et de tsunamis associés que les catastrophes du 11 mars 2011 ont provoqué.

Et notamment la nouvelle évaluation relative au risque sismique de la centrale de Tsuruga.

Le niveau du séisme sur le site de Fukushima Daiichi a atteint les limites de sécurité qui prennent normalement en compte d’importantes marges, matérialisant ainsi une certaine sous-estimation du niveau du risque sismique sur ce site.

Logiquement les experts se sont donc penchés sur la possibilité que le séisme ait pu créer des dommages sur les installations, susceptibles d’avoir des responsabilités dans l’enchainement fatal des séquences accidentelles qui ont suivi. Dans ce cadre, l’unité 1 est évidemment au centre des interrogations. Le collège d’experts pense que le séisme a fissuré des tuyaux dans l’unité 1.

[Les tuyaux font quasiment tous partis du circuit primaire. Ces fissurations auraient donc entrainé des petites fuites d’eau primaire créant ainsi une situation accidentelle ayant de fortes probabilités de déboucher sur un accident grave. En effet, dans ces conditions le circuit primaire fuit sans que la pression primaire ne baisse significativement. Un scénario qui se rapproche de celui de TMI]

On ajoutera que le circuit normal, RCIC,  d’évacuation de la puissance résiduelle à l’arrêt du réacteur et à partir du contournement de la turbine, – au moment du séisme le réacteur fonctionnait à pleine puissance-, ne s’est pas mis en route sur cette unité 1. Un circuit de secours, avec condenseur IC, a pris le relais pour assurer le refroidissement du réacteur, mais mauvaise          appréciation des conditions de fonctionnement, ainsi qu’un problème de communication entre les trois niveaux d’intervention après l’arrivée des vagues du tsunami, – le centre de gestion sécurisé où se trouvaient les responsables, les salles de contrôle des réacteurs et puis les bâtiments réacteurs et turbines où intervenaient des techniciens-, et une mauvaise interprétation de paramètres du réacteur a conduit à une erreur humaine qui a consisté en l’arrêt de ce circuit de refroidissement de secours sur l’unité 1.

S’il est établi que le séisme d’un niveau inattendu a provoqué des dommages sur le site et à l’extérieur, le premier étant de couper l’alimentation électrique extérieure de la centrale de Fukushima Daiichi, il est maintenant assez bien établi que les secousses sismiques ne constituent pas les causes principales des accidents nucléaires de Fukushima Daiichi.

Réagissant sans doute à ce rapport, la Tepco, vient de publier des photos montrant l’arrivée et l’impact des vagues du tsunami ce 11 mars 2011.

Fukushima Daiichi …   sortie du rapport d’analyse d’experts du parlement japonais .. dans Fukushia Daiichi Y4

Y5-300x148 dans Fukushia Daiichi Tepco photo taken at 3:48:32 PM

Les vagues du tsunami submergent les digues de l’espace marin du site à 15 heures 48 minutes 32 secondes le 11 mars 2011.

L’eau envahit le site et des travailleurs doivent se réfugier sur des toits [deux techniciens mourront noyés dans le bâtiment turbine de l’unité 2].

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Photo prise à 15 heures 53 minutes 14 secondes

Un dysfonctionnement important lors de la première phase de gestion des accidents est pointé par les experts. Il s’agit de l’intervention intempestive du premier ministre le 12 mars au matin dont la visite impromptue et rapide (~1 heure) sur le site de Fukushima Daiichi a contribué à brouiller la mise en place des échelons de responsabilité pour la gestion de cette grave crise nucléaire dans les premiers instants de son évolution.

Le superintendant du site lors de ces accidents nucléaires était Masao Yoshida. Celui-ci a témoigné devant les experts de la commission parlementaire et a mis en cause les interventions directes du premier ministre dans la gestion de la crise. Notamment à propos des injections d’eau de mer que rejetait le gouvernement. Il a donc du lui-même prendre la décision d’ordonner aux techniciens de procéder aux injections d’eau de mer [quand on connait la réticence atavique des japonais à aller contre leur hiérarchie, on comprend tout ce qu’il lui a coûté de prendre cette initiative qui a évité le pire dans le scénario que suivait les accidents sur les trois réacteurs].

A cette occasion Masao Yoshida a souligné combien les techniciens, travaillant en sous traitance en l’occurrence, avaient dégagé des débris radioactifs et préparé les injections d’eau de mer avec une rapidité qui l’avait surpris lui-même. Ce qui a, entre autres, limité les dégâts sur le réacteur n° 2.

Dans des regrets exprimés à la japonaise, il a dit que lui-même et ses ingénieurs de la Tepco auraient du assumer ce risque. Et c’est ici l’occasion de rappeler que dans ces accidents il y a aussi une part humaine, sur le site, et que le destin des accidents nucléaires qui survenaient de tous les côtés s’est joué sur le mode d’une tragédie moderne.

A l’heure où les critique pleuvent, certainement à juste titre et avec l’objectif de faire avancer les choses au niveau de la sûreté nucléaire dans son ensemble, il ne faut pas non plus oublier de souligner combien le Japon peut être fier de son superintendant du site de Fukushima Daiichi et des ses ingénieurs, techniciens, travailleurs, pompiers et  policiers qui ont sauvé la situation en évitant donc le pire du scénario accidentel dans lequel étaient engagés le trois réacteurs les plus touchés. Trois corium en fusion sur les radiers en béton des bâtiments réacteurs.

La commission parlementaire d’experts a aussi rejeté les allégations du premier ministre Naoto Kan sur l’intention de la Tepco d’abandonner le site alors que se développaient les accidents dans une voie que beaucoup d’experts, dont des experts américains en prise directe avec les événements, jugeaient dramatiquement incontournable.

Dans le feu des critiques on retrouve aussi la gestion de l’évacuation des populations par le gouvernement japonais et par la Préfecture de Fukushima.

Il faut rappeler que rapidement la Préfecture de Fukushima a ordonné une évacuation dans une zone de 3 km autour de la centrale. Le gouvernement japonais a ensuite décidé l’évacuation obligatoire dans un rayon de 20 km. Puis il a simplement recommandé aux habitants de la zone entre 20 et 30 km de quitter leurs habitations. Les informations sur les directions de propagations des aérosols radioactifs et leurs dépôts sont venus tardivement. Dans la direction Nord/Nord-Ouest de très forts dépôts allaient jusqu’à 60 km du site de Fukushima Daiichi. Les populations ont été très mal informées de tout cela, ainsi que des accidents eux-mêmes.

Une polémique totalement justifiée s’est développée sur le thème de la non exploitation des résultats du code SPEEDI, code japonais, qui en fonction des conditions météos calcule la propagation des aérosols radioactifs, leur évolution et leurs dépôts.

Ces résultats envoyés électroniquement à la Préfecture de Fukushima ont été carrément laissés de côté. Au niveau de la gestion de la crise nucléaire par les organismes gouvernementaux, il a été décidé de ne pas les utiliser.

Certainement une décision d’incompétents qui ont prétexté que comme l’on ne connaissait pas le terme source, ce qui est exact formellement, on ne pouvait faire confiance à ces calculs.

Or les rejets radioactifs ont résulté de pics d’émissions liés à des explosions, hydrogène et vapeur. Même si la valeur absolue de la source n’était pas connue, ces calculs fournissaient l’information juste sur les propagations et les dépôts d’aérosols radioactifs. Ce qui permettait de définir les zones les plus touchées et à évacuer prioritairement.

[C’est l’occasion de faire une remarque sur l’intérêt pour un pays nucléarisé de faire des études d’accidents nucléaires dans les scénarii les plus graves et de développer des méthodes de calculs propres. Précisément ce qui a été fait en France. On peut certes utiliser le formidable travail de développement de codes et d’expériences que les américains ont réalisé à la suite de TMI. Mais la meilleure manière d’assimiler toute cette expérience est de faire soi-même des développements de codes de calculs et de concevoir des expériences de sûreté. Ce qui a été fait en France, essentiellement à Cadarache, sur la filière « rapide » (Super Phénix) et sur les réacteurs à eau, REP.

C’est le seul moyen d’avoir l’ensemble des outils de calculs qui permettent de se faire une idée du déroulement des accidents nucléaires graves et de leurs conséquences, en termes de dissémination dans l’environnement des aérosols radioactifs notamment, en ligne en quelque sorte, et surtout d’avoir une certaine confiance dans ces résultats de calculs.

Dans le retour d’expérience des accidents nucléaires de Fukushima Daiichi, cela doit être pris en compte. Et il est important pour notre pays de mettre en avant que sous cet angle, notre sûreté nucléaire aurait pu mieux répondre aux problèmes soulevés par ce type d’accident nucléaire graves survenus à Fukushima Daiichi]

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