Japon .. le débat sur le nucléaire
Fukushima Daiichi … le nucléaire et la politique énergétique au Japon
Le premier point qu’il est nécessaire de souligner et qui pèse au Japon comme en France, est que la politique énergétique et son secteur qui est appelé à grandir en proportion (voiture électrique, transports, .. malgré les RT du bâtiment notamment la RT2012 qui pratiquement impose les chaudières à gaz pour les copropriétés), la production d’électricité ne peut se traiter en dehors de l’économie. Au sens large, c’est-à-dire non seulement sur des questions de coût du MWh, mais également en prenant en considération son impact sur l’emploi, sur les activités industrielles..
Il y aurait également un autre point qu’il faudrait prendre en compte honnêtement, c’est le nombre de morts causées par cette activité industrielle vis-à-vis d’autres secteurs comme la Chimie, les mines de Charbon.. Sur ce plan, les statistiques sont très en faveur du nucléaire. Il est vrai qu’elles ne disent pas tout, on parlera ainsi des décès différés après irradiation et mal pris en compte par l’épidémiologie ou certaines inconnues (qui se réduisent fortement en ce moment) sur l’effet des faibles doses biologiques par exemple. Mais la situation est bien pire au niveau de la Chimie, omniprésente dans notre vie.
Au Japon, le dernier réacteur en service, le réacteur n° 3 à la centrale de Tomari, Hokkaid, vient d’être arrêté le 6 mai dernier.
Ce n’est pas un arrêt définitif, comme pour 49 autres réacteurs, puisque l’arrêt sans retour passe par une procédure de déclassement qui ouvre la voie à la phase de démantèlement. Seuls les 4 réacteurs de la tranche n°1 de la centrale de Fukushima Daiichi sont aujourd’hui déclassés. Le planning de démantèlement est ouvert et ses opérations vont commencer bientôt par le déchargement des combustibles neufs et usés de la piscine de stockage de l’unité n° 4.
On notera donc que les réacteurs n° 5 et 6 de la centrale de Fukushima Daiichi sont considérés comme récupérables. Après déchargement des combustibles et réparations de circuits, échanges de joints et de matériels…
Le gouvernement japonais actuel affiche une volonté politique de « sortir du nucléaire », « nuclear free », mais comme il est en charge de réalités et non de fantasmes, il voit cela à assez longue échéance.
Alors qu’en France des prospectives de ce type se basent sur une date charnière de 2050, la réflexion au Japon prend 2030 comme élément de réflexion pour la date charnière.
Le gouvernent japonais est, de plus, confronté à la situation actuelle. Le manque nucléaire est compensé par une très forte utilisation du gaz naturel et d’importantes économies d’énergie. Il sait que si les deux réacteurs d’Oi, Préfecture de Fukui une région très industrialisée, ne redémarrent pas avant la pointe de consommation électrique de l’été, il y aura un manque de production qui conduira à des blacks out électriques. Il faut savoir aussi que jusqu’à présent 19 réacteurs nucléaires ont passé l’épreuve des « stress tests ». Et il y a aussi le cas des réacteurs en construction dont certains sont près de l’achèvement des travaux. Donc la volonté immédiate du gouvernement est de remettre en service ces deux réacteurs nucléaires, ouvrant ainsi la voie à un redémarrage de plus grand ampleur du nucléaire.
Dans cette marche vers la remise en service, une importante réunion va avoir lieu bientôt à l’assemblée de la Préfecture de Fukui, où les élus vont recevoir les explications de la NISA et de la compagnie Kansai qui gère la centrale d’Oi. L’accent sera mis sur les nouveaux critères de sûreté qui vont au-delà des « stress tests ». L’assemblée à l’avis de laquelle le responsable de la Préfecture, Issei Nishikawa, se rangera, verra également les responsables locaux concernés directement par la centrale, notamment ceux de la ville d’Ohi.
Naturellement, des réunions d’experts dessinent des scénarios pour cette échéance de 2030.
Il y en a 4 :
_ Une option avec zéro nucléaire
_ Une part du nucléaire de 35 % finalement plus haute que ce qui existait avant les accidents nucléaires de Fukushima Daiichi (26% pour l’année fiscale 2010) mais moins que ce qu’avait prévu le gouvernement d’alors avec la construction de 14 nouveaux réacteurs (dont certains sont presque achevés donc). Ces constructions et mises en service auraient conduit à une part du nucléaire de 53 %.
[Qui montre l’absurdité de ce genre de considération, puisque ce qui est inacceptable au Japon par les opposants au nucléaire, est un objectif en France pour des responsables anti nucléaires]
_ Et même une option faisant varier la proportion de nucléaire et analysant les conséquences sur l’emploi et l’économie nationale.
A cela s’ajoute le vieillissement des réacteurs et leur durée de vie de 40 ans, pouvant être prolongée jusqu’à 60 ans.
Si, au Japon, on déclasse tous les réacteurs à 40 ans, sans en mettre en service de nouveau, la part du nucléaire tomberait naturellement aux alentours de 15 % en 2030.
Comme en France, le gouvernement table sur l’éolien et le Photovoltaïque. Le MWh PV est 4 fois plus cher que celui issu du gaz naturel. Le gouvernement imposerait, dès juillet prochain, une obligation de rachat et un tarif de rachat de cet ordre pour le courant Photovoltaïque.
Tout cela pour aboutir à la conclusion que l’alternative réaliste au nucléaire est constituée par l’utilisation du gaz naturel liquéfié.
Parce que parallèlement le diagnostic de l’impact en termes de prix de l’électricité montre que celui-ci ne pourrait être supporté par les compagnies industrielles et autres, ainsi que par les consommateurs particuliers.
Le Japon qui est en pleine crise économique, craint par-dessus tout, les délocalisations d’entreprises qui peuvent aller ailleurs en Asie où les constructions de chaudières à gaz se multiplient.
Il est amusant de noter que les japonais citent l’exemple allemand, considéré par eux comme très engagé dans les énergies renouvelables, et où des compagnies ont du revoir leurs tarifs devant les protestations d’usagers ce printemps [information pas vraiment relayée en France par les médias]
Voulant tout explorer dans le renouvelable, le gouvernement de Noda, vient d’autoriser l’exploitation de la géothermie [source d’énergie faible] dans l’environnement de parcs.
Mais actuellement le Japon utilise de manière massive les centrales thermiques. Ce qui nuit grandement à son équilibre commercial [le japon qui vivait jusqu’à présent avec des excédents commerciaux est maintenant dans une situation de déficit qui s’alourdit].
Voila le contexte dans lequel se déroule le débat au Japon, où l’on voit que l’on est très loin du zéro nucléaire.
Les deux mois à venir vont être riche d’enseignements et plus encore la période estivale si l’opposition anti nucléaire empêche la relance des réacteurs d’Oi.





Fukushima Daiichi les premiers instants des accidents nucléaires












